Perimekar: Chronicle of a death foretold?

New documents show that the company which acted as the go-between for the French submarines deal was specifically set up to push through the purchase.

Article publié dans Free Malaysia Today
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PETALING JAYA: Businessman Lodin Wok Kamaruddin has recently been cited by WikiLeaks as one of Prime Minister Najib Tun Razak’s close friends. What WikiLeaks didn’t reveal is that Lodin Wok was also one of the directors of Perimekar Sdn Bhd until last year. Last year too, the company registered huge losses.

Perimekar had acted as the go-between for the procurement of two French-made submarines by the Malaysian Defence Ministry. In the process, the company made RM534.8 million in commission.

A simple line, buried in a mass of documents, is sometimes enough to cause an avalanche of surprises.
The US diplomatic cable from the US embassy in Kuala Lumpur revealed by WikiLeaks on May 19 contains a list of friends of Najib.
One of them is “Lodin Wok Kamaruddin, Chief of the Armed Forces Fund Board”, an institution also known as Lembaga Tabung Angkatan Tentera (LTAT).

Due to the various companies in which Lodin Wok has held positions of responsibility, the businessman may find himself involved in the case of “Scorpene scandal”, currently under probe in France.
Thus, in addition to his position in LTAT, Lodin Wok is deputy chairman of Boustead Holdings Bhd. These two companies hold 20% each of Perimekar shares, through the holding KS Ombak Laut Sdn Bhd. The remaining 60% is held by KS Ombak Laut.

What is less known is that according to Perimekar financial statements, Lodin Wok is one of the five directors of Perimekar, alongside Mazlinda Makhzan, Rozana Abdullah Meili, Abdul Rani Mohd Hussin Abdullah and Mohd Hussin Tamby. He also sits on the boards of Affin Bank Bhd,one of Perimekar’s bankers. These string of “coincidences” could place the 61-year-old businessman in an difficult position regarding the submarines deals.

When contacted for comment, Lodin Wok said he had resigned from Perimekar board on July 1, 2010 after the company completed its contract with the government upon the delivery of the two Scorpene submarines. He added that he was a director in the company as a representative of LTAT.

Ups and downs of Perimekar

Besides, it appears that Perimekar has been declining since last year. Suspected of being created for the sole purpose of distributing a RM500 million commission between Malaysian and foreign beneficiaries after the sale of the submarines, the company, registered in 1999, defines its activity as “marketing, maintenance and other activities related to submarines and surface vessels…”.

The financial statements report that Perimekar has a single customer: the Malaysian government. They also show that the company has a wide range of financial performance from year to year. For example, while the company has reported a net loss of RM8.2 million in 2003, it declared a net profit of RM24.7 million the following year. In 2008, Perimekar also became a group with two small subsidiaries (Prima Laksana and Gagah Nirwana).

Now, has the golden age of Perimekar gone? Between 2009 and 2010, while the submarines were being delivered, Perimekar’s activity has (almost) tumbled down: the company has seen its net income decrease from a profit of RM19 million to a loss amounting to RM3.3 million.

The turnover has plunged from about RM85 million to RM23 million – an amount still comfortable enough for its shareholders.
They have been granted dividends of RM56.2 million in 2009 (66% of the turnover) and RM18.7 million in 2010 (81% of the turnover).
Between 2003 and 2010, the company received more than RM200 million from its contract with the government.

However, the financial report of 2010 stated: “The company’s project with the governement of Malaysia was completed on Dec 25, 2009, after which a downsizing exercise was done in a fair manner and the company was focusing on prospecting for other viable business opportunities.”

The second company
According to Dr Kua Kia Soong, director of Suaram and author of the book “Questioning arms spending in Malaysia”, the rise and fall of Perimekar sounds like a convenient story to hide from the investigation into the Scorpene deal.
“We would like a Royal Commission of Inquiry to investigate how Perimekar disbursed 114 million euros (RM500 million) for apparently ‘coordination and support services” in those six years,” he said.
“Looking at the financial accounts of the company, Perimekar did not have the means to undertake such a contract,” he added. From 2003 to 2004, the company declared a revenue from 0 to RM67 million.
But Perimekar is not the only Malaysian company being involved in the Scorpene deal.
Boustead DCNS Naval Corp, a 60:40 joint venture between BHIC Defence Technologies and the French-based DCNS, started in 2009, was awarded by the defence minister a RM532 million contract related to the Scorpene submarines.

The company thus undertakes service support of Scorpene submarines from 2010 to 2015. BHIC Defence is owned by BHIC (Boustead Heavy Industries Corporation), whose chairman is Lodin Wok.

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Travailleurs migrants: plus d’argent, moins de droits

Devant les difficultés à trouver un emploi, nombreux sont les Philippins qui quittent famille et pays afin de trouver un emploi. Mais si l’argent qu’ils envoient dans leur pays constitue un réel moteur de l’économie, le budget alloué à leur protection en 2011 a diminué. Premières victimes : les femmes. Entretien avec Goldy Omelio, coordinatrice de Kaagapay*, association de lutte pour le droit des migrants, à l’occasion de sa venue en France pour les 50 ans du CCFD.

Que représente le travail des migrants aux Philippines ?  Goldy Omelio : Compte tenu de la globalisation, les termes de l’échange sont les suivants : les Philippin(e)s vont à l’étranger pour trouver du travail et les étrangers viennent ici trouver des opportunités de business. L’an dernier, plus de 15 millions de travailleurs migrants, soit plus de 10% de la population totale, ont envoyé à leur famille près de 18 milliards de dollars. Ce chiffre, en augmentation constante, représente 30% du revenu national (plus de 12 % du PIB, ndlr). Pourtant en 2011, le budget alloué à la protection de leurs droits a été divisé par deux, passant de 50 millions de pesos (815 000 €) à 27 millions (326 000 €). Chaque année, nous comptabilisons plus d’un million supplémentaire de départs. D’ailleurs dès qu’une personne est qualifiée, elle veut partir.

Quelle est la part des femmes et en quoi leur situation diffère-t-elle de celle des hommes ?

G. O. : Elles représentent en moyenne près de 70% des travailleurs migrants. Un quart d’entre elles partent en Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis ou au Koweit, souvent en tant qu’aide à domicile. Récemment, nous avons constaté une augmentation sensible du nombre de femmes abusées dans ces pays. Moins qualifiées et plus vulnérables que les hommes, celles qui ont été abusées sont généralement victimes de harcèlement sexuel, voire de viol. En 2010, nous avons aidé 47 personnes, dont un seul homme.

Justement, comment leur venez-vous en aide ?
G. O. : Avant le départ, Kaagapay les informe de leurs droits et leur indique où elles doivent aller pour défendre leurs droits dans les pays de destination. L’association leur fournit aussi une aide psychologique et les conseille sur la part de salaire reversée à la famille. Les femmes ont tendance à tout donner, alors que l’argent n’est pas toujours bien réemployé, par exemple lorsque le mari dépense l’argent afin de trouver une autre femme, au lieu de s’occuper des enfants. De plus, la famille qui reçoit l’argent a tendance à devenir dépendante, elle n’est pas consciente de la sueur qui a dû être versée pour l’obtenir.
En cas de dénonciation à l’Etat et de poursuite judiciaire, Kaagapay les aide à revenir et à défendre leurs droits. Comme nous agissons dans des situations d’urgence, nous n’entrons pas dans le processus bureaucratique local traditionnel.
Une fois de retour, nous soutenons toutes celles qui le souhaitent dans des projets de microfinance, et nous leur proposons des formations. L’objectif est que ce retour, ou le nouveau départ éventuel, soit été vécu comme un choix.

* ONG créée en 1996 sur l’ile de Mindanao. Elle dispose de 6 salariés et travaille avec un réseau d’avocats qui fournit une assistance légale gratuite.

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Sous-marins malaisiens : la piste des rétrocommissions se précise

Dans la série « soupcons de corruption liée à un contrat d’armement », une affaire est en train de rejoindre celles qui ont suivi la vente de frégates à Taïwan puis au Pakistan : celle des sous-marins français achetés par la Malaisie.

Article paru dans Rue89

Une nouvelle plainte doit être déposée dans les prochains jours, avec cette fois constitution de
partie civile, par Suaram, une ONG malaisienne de lutte contre la corruption, membre de la Fédération internationale des droits de l’homme et qui a déjà porté saisi la justice en novembre 2009.

Suaram accèderait ainsi aux éléments de l’enquête. Une manière,
également, de pousser le parquet à saisir un juge d’instruction,
ultime étape avant un procès qui pourrait prendre des années.

Comme pour les contrats obtenus par la DCN pour des sous-marins au Pakistan et des frégates à Taïwan, les soupçons de rétrocommissions vers des partis politiques français se précisent.

Cette affaire porte sur la vente de deux sous-marins Scorpène et un sous-marin Agosta au gouvernement malaisien. Un contrat d’environ un milliard d’euros conclu en 2002 passé avec la Malaisie par la DCNS (ex-DCN, Direction des constructions navales) et Thalès.

Le cadavre de la mannequin explosé au C4

Sexe, meurtre, pots-de-vins et soupçons de rétrocommissions : le cocktail est explosif. Tout a commencé avec l’assassinat, en 2006, d’Altantuya Shaaribu, une jeune mannequin également interprète et intermédiaire de ce marché. Son corps a été retrouvé dans la jungle malaisienne après avoir été explosé au C4.

La presse malaisienne affirme alors que la jeune femme aurait été éliminée pour avoir bruyamment réclamé sa part de commission dans un contrat d’armement, dont les autres protagonistes ne sont autres que son amant, Abdoul Razak Baginda, ami et conseiller de la troisième personne impliquée : Rajib Nazak, à l’époque ministre de la Défense malaisien et aujourd’hui Premier ministre.

Mais cette sombre affaire en cache une autre, dont la justice française a fini par se saisir. En novembre 2009 Suaram dépose une première plainte contre X au parquet de Paris pour « corruption active, corruption passive, trafic d’influence et abus de biens sociaux ». Le procureur de la République Jean-Claude Marin ouvre une enquête préliminaire.

A l’époque, on soupçonne qu’un pot-de-vin de 114 millions d’euros avait été versé par la société Armaris (filiale de la DCNI et de Thalès) à l’actuel Premier ministre Najib Razak et à son entourage, via la société Perimekar.

Cette société, créée officiellement pour « coordonner » la vente des trois sous-marins, a pour actionnaire majoritaire l’épouse d’Abdoul Razak Baginda.

La France en infraction à cause d’une convention OCDE

Dans la plainte déposée en décembre 2009, les plaignants affirment toutefois qu’à la vue des modalités d’exercice de la société

« Nul doute que cette personne morale [Perimekar] a été créée avec un seul et unique objectif : organiser le versement de la commission et en répartir le montant entre différents bénéficiaires agents publics malais et/ou intermédiaires malais ou étrangers ».

Or, ce contrat a été signé après l’entrée en vigueur en France de la convention OCDE, en 2000, qui punit la corruption d’agents publics étrangers de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende.

Suite à cette plainte, une enquête préliminaire est menée par le parquet : des auditions sont menées et des perquisitions ont lieu dans les locaux de la DCNS et de Thales.

Les carnets de Gérard-Philippe Menayas, ancien directeur administratif et financier de la DCN mis en examen dans l’affaire Karachi, révélés en septembre 2008, conforte également les soupçons de commissions occultes. Dans son memorandum (PDF), Menayas mentionne le contrat des sous-marins malaisiens en ces termes :

« Depuis l’entrée en vigueur de la convention OCDE de lutte contre la corruption, en septembre 2000, seuls deux contrats ont été signés, avec l’Inde et la Malaisie en 2002.

Ces deux contrats résultent d’actions commerciales engagées antérieurement à la convention OCDE. Ils sont d’ailleurs tous les deux suspectés de non-conformité à cette convention. J’ai des preuves qui permettent de l’étayer. »

A l’époque de la signature du contrat, le ministre de la Défense est Alain Richard, au sein du gouvernement de Lionel Jospin.

Trois commissions au lieu d’une pour la vente des sous-marins

Avec la nouvelle plainte à venir, et la relance de cette affaire, de nouveaux éléments sont apportés par les plaignants.

Premièrement, d’après des sources citées par les plaignants, ce ne serait pas la société Armaris qui aurait versé 114 millions d’euros à Perimekar, mais le gouvernement malaisien, « dans le seul but de contourner la convention OCDE ».

Une révélation alors que le ministre malaisien de la Défense avait fini par « avouer » les versements par des sociétés étrangères à Perimekar…

Où est allé cet argent ? Y-a-t-il eu rétrocommissions aux classes politiques malaisienne et française ?

Deuxièmement, il n’y aurait pas eu une seule commission, mais trois. A celle de 114 millions d’euros s’ajoutent deux autres versements :

  • l’un versé par la DCNI aux réseaux commerciaux de Thalès, pour plus de 30 millions d’euros, soit des « frais commerciaux liés à la négociation et à l’exécution du contrat » ;
  • l’autre pour un montant de 2,5 millions d’euros.

Or, d’après Gérard-Philippe Menayas :

« Jusqu’à l’entrée en vigueur en France de la convention OCDE de lutte contre la corruption, aucun contrat de vente de matériel de défense à un pays émergent ne pouvait s’opérer sans versement de commissions aux décideurs politiques (pudiquement appelés “frais commerciaux export” ou “FCE”). »

La seconde commission aurait été versée par Thalès à un destinataire encore inconnu, afin de convaincre le gouvernement malaisien de la nécessité d’entreprendre des travaux supplémentaires.

Enfin, selon la plainte déposée par le cabinet Bourdon, avocat de Suaram, la société Gifen créée à Malte par Jean-Marie Boivin serait intervenue dans les négociations « afin de faciliter les transferts monétaires dans cette affaire », notamment financer des voyages de Baginda et d’Altantuya.

Le « hic », c’est que Jean-Marie Boivin est également cité dans l’affaire Karachi… pour son rôle dans le système servant à alimenter les caisses noires des partis politiques.

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Chum Mei, le devoir de mémoire

CAMBODGE. Pas facile de demander à un survivant de raconter son histoire, mais ne pas le faire, c’est refuser de regarder la réalité en face. L’histoire de Chum Mei est de celles qui se livrent aujourd’hui dans les procès contre les Khmers rouges. Portrait d’un assoiffé de justice.

Article publié dans Altermondes, juin 2011.

« Je m’appelle Chum Mei, je suis né en 1933 dans une famille de cultivateurs. Je suis orphelin depuis l’âge de 8 ans. J’ai six frères et deux sœurs ». Chum Mei  est aussi le seul survivant de Tuol Sleng, plus connu sous le nom de S21 (1), à être encore en état de témoigner. Pas facile de lui demander de raconter son histoire. Mais ne pas le faire, c’est refuser de regarder la réalité.

Enfant, Chum Mei voulait être bonze. Son rêve ne se réalise pas. Il quitte Prey Veng, sa campagne natale, pour tenter sa chance à Phnom Penh où il apprend la mécanique. En 1966, devenu fonctionnaire des transports dans la province du Ratanakiri, il se marie avec Phcum Ben. « Les Khmers rouges menaient des « assauts de libération » et réquisitionnaient les personnes issues des minorités ethniques, raconte-t-il. Puis ils ont pris la province. En 1970, j’ai fui en avion avec ma femme et mes 3 enfants ». Environ 4000 personnes pourront partir… principalement des fonctionnaires. De retour dans la capitale, il refait sa vie et ouvre son propre garage. L’avenir est prometteur. Mais le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh : « J’ai levé le drapeau blanc. Je pensais que la paix était revenue. Ils nous ont alors dit « Pères, frères, quittez Phnom Penh ! Les Américains vont nous bombarder » ». Comme tout le monde, Chum Mei et sa famille quittent la capitale, empruntant à pied la nationale 5, jonchée de cadavres. L’un de ses fils, malade, ne survivra pas au déplacement.

Lors de l’évacuation, il entend que les Khmers rouges cherchent un mécanicien. Il propose ses services et retourne ainsi à Phnom Penh. Le 28 octobre 1978, de nouveau, tout bascule. Des Khmers rouges lui demandent de les suivre pour réparer une voiture. Ils ne lui laissent pas prendre ses outils. Il comprend tout de suite que là où il va, il ne survivra pas. « Je leur ai demandé de prévenir ma famille. Ils m’ont répondu : « Angkar (2) va tout détruire, pas besoin ! »

« Je ne me suis pas constitué partie civile pour me venger mais pour obtenir une justice »

Chum Mei refait tous les gestes de son incarcération : les yeux bandés avec un krama, les pieds et les mains enchaînés, la notification de sa taille, la prise de photo, puis à nouveau les mains libres mais pas les pieds, l’oreille qui craque quand on la tire, les marches qui mènent à la cellule… Puis les interrogatoires : il est questionné sur son adhésion à la CIA et au KGB dont il n’a jamais entendu parler. Il avoue ce qu’il ne comprend pas et, comme beaucoup, lâche des noms, au hasard. Il aura les doigts cassés, les ongles des pieds et des mains arrachés. Sans oublier les décharges électriques : les yeux en feu, les « boum » dans la tête, jusqu’à la perte de connaissance. Ce cauchemar a duré 12 jours et 12 nuits. Le 13e jour, en dépannant la machine dactylo, il se révèle soudainement utile au régime : il est épargné. En tout, il va rester 2 mois et 12 jours à S21.

« En sortant, j’ai retrouvé ma femme au centre de rééducation S24, où elle avait été transférée, enceinte, pour effectuer du travail forcé. Elle n’était pas seule : elle était avec notre bébé de 2 mois ! » La vie semble lui sourire à nouveau. Mais c’est oublier les horreurs de la guerre. Peu après leurs retrouvailles, son épouse et leur bébé sont exécutés par les Khmers rouges. Chum Mei s’enfuit. Pendant six jours, il va se terrer dans la forêt le jour, marcher de nuit, sans eau, se nourrissant de racines et de feuilles des arbres. Il finit par rencontrer un journaliste américain qui lui donne « 5 dollars et 12 paquets de Dunhill » et lui demande de raconter son histoire. Le travail de mémoire commence. Chum Mei prend conscience qu’il est l’un des rares survivants de cette tuerie.

« En 2007, j’ai entendu qu’il y avait ce procès et je me suis demandé comment y participer. J’ai toujours gardé espoir qu’il y ait une union du peuple pour la justice contre les Khmers rouges ». Il rencontre Thun Saray de l’ADHOC (3) qui l’aide à monter le dossier pour se constituer partie civile.

A chaque fois que Chum Mei entend parler des tribunaux sur Radio Free Asia, il pleure. C’est aujourd’hui un homme en colère. « Le jugement de Douch (3) est injuste. J’ai suivi les 77 jours d’audience. Il en a pris pour 35 ans, assortis de compensations qui diminuent sa peine à 19 ans ! Ce n’est pas un modèle de justice pour les générations futures. Il faut une condamnation à vie. Je ne me suis pas constitué partie civile pour me venger mais pour obtenir une justice ! »

(1) Sous les Khmers rouges, S21 était le principal « bureau de la sécurité ». Dans ce centre de détention située au cœur de Phnom Penh, près de 17000 prisonniers ont été torturés, interrogés puis exécutés entre 1975 et 1979. Sept prisonniers seulement ont survécu.

(2) Angkar est le nom de l’organisation des Khmers rouges

(3) Thun Saray est le président de l’ADHOC, l’Association pour le développement et les droits de l’homme au Cambodge (www.adhoc-chra.org). Lire aussi « Vers un troisième procès ? », Altermondes n°21, mars 2010

(4) Douch a dirigé le camp de détention S21.

A voir S21, la machine de mort Khmère rouge, Rithy Panh, 2004

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Récupérer sa terre… pour en faire quoi ?

En Indonésie, l’Etat et les firmes privées exproprient impunément les terres des paysans afin de cultiver l’huile de palme, très prisée dans les pays du Nord. Le témoignage de Zubaidah, qui a récupéré sa terre après des années de lutte. Mais elle ne pourra plus vivre de sa culture.

Zubaidah s’en souvient comme si c’était hier. En 1999, elle a vu 200 policiers armés débarquer sur sa terre, au Nord de Sumatra : « ils sont venus  avec la pelleteuse pour écraser mes champs de palmier et de maïs et ils ont écrasé mes cultures de soja avec leurs voitures ». Ce « petit bout de femme » vivait alors de la culture traditionnelle sur sa terre de 600 hectares, héritée de ses grands-parents. Mais c’était avant que l’Etat ne la lui vole pour y cultiver du palmier à huile. « Dès 1994, l’Etat a grignoté de la place sur mon terrain, mais cela ne se voyait pas. En 1997, il ne m’appartenait déjà plus légalement mais je ne le savais pas non plus : j’y vivais encore ! » Généralement, quand l’Etat fait « une visite » aux agriculteurs, il « récolte » les champs de plusieurs d’entre eux en une seule fois, sur des surfaces avoisinant 100 000 hectares. Quand ce n’est pas l’Etat, ce sont les sociétés privées qui prennent les terres… avec l’autorisation de l’Etat.

L’histoire de Zubaidah ressemble donc à celle de milliers de paysans indonésiens. Dans les années 90, ceux-ci ont brusquement perdu leur terre. De grandes entreprises publiques ou privées, industrielles ou étrangères, attirées par un retour sur investissement rapide à l’exportation et soutenues par un vide juridique se les sont appropriées. Parmi elles, on peut citer la Perkebunan Nusantara IV, société publique chargée de la plantation Nusantara ; la Bakrie Sumatera Plantations – qui appartient au conglomérat contrôlé par la famille Bakrie, l’une des plus puissantes du pays – et la Lonsum (London Sumatra), une société britannique.  Sur le terrain, c’est souvent le même scénario : l’Etat ou les entreprises viennent avec des militaires et/ou des policiers et excluent sans somation les paysans de leur propre terre. Ces entreprises ont généralement pris le soin de se doter auparavant d’un acte de propriété, accordé pour « raison d’Etat » [en 2005, le gouvernement a voté une loi qui lui  octroie, de manière unilatérale, le droit d'exploitation d’une terre pour des «raisons de développement», ndlr].

Spoliation légalisée

Face à ce qu’il faut bien appeler un vol, Zubaidha s’est battue avec sa coopérative, la SPI (Serikat Petani Indonesia – Union des paysans d’Indonésie), dont les membres travaillent en commun sur l’ensemble des champs. « Quand l’Etat exproprie une terre, le syndicat persuade le paysan spolié de ne pas s’en aller. Il leur explique que la terre leur appartient (et non à l’Etat). Il les aide aussi à se battre pour récupérer leur terre : le cultivateur revient ainsi régulièrement sur sa terre, épaulé par une cinquantaine de personnes issues de la coopérative », explique-t-elle. Les paysans peuvent aussi porter plainte, mais dans la plupart des cas ce n’est jamais résolu. Ou bien la justice tranche en faveur de l’Etat et des sociétés privées. Du légal, l’affaire devient donc politique. Le SPI fait donc également du lobbying auprès des parlementaires, élus dans les différentes provinces. Des manifestations locales ou nationales, devant le parlement, sont également organisées.

Zubaidah a presque de la chance. En 2004, elle a récupéré sa terre, même si la situation n’est pas toujours officialisée par l’Etat. Mais sur sa terre, il n’est plus question de culture traditionnelle. La monoculture de palme pratiquée par l’Etat a appauvri ses champs, dont la terre n’est plus assez fertile pour du riz ou du soja. Elle doit donc poursuivre cette culture, pratiquée également sur les champs voisins de la société Lonsum, qui s’est installée sur près de 10 000 hectares. « Après le palme, c’est difficile de planter autre chose, et ça l’est encore plus à côté d’une si grande surface. Mais je suis perdante car la culture de palme ne fait pas vivre les Indonésiens, comme le riz ou le soja. Je ne peux ni leur revendre mes cultures, ni même manger ce que je produits »… Par ces mots, elle résume ainsi tout le paradoxe de la mondialisation de notre économie.

Carte des conflits liés à l’huile de palme en Indonésie (Source chiffres: Amis de la terre)


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Pas de charbon au paradis

La campagne "No coal" est visible sur le net via un blog, Facebook et Twitter.

La Malaisie renonce finalement à créer une centrale électrique au charbon dans l’Etat de Sabah, sur l’île de Bornéo. Une victoire historique de la société civile après trois ans de lutte.

« Un tel mouvement n’existait pas à Sabah auparavant (…). Le relais international de notre contestation locale a été l’une des clés du succès », déclare Cynthia Ong, de l’association LEAP (Land Empowerment Animals People) dans un article du TIME. LEAP est l’une des cinq ONG de la coalition Green Surf (Surf= Sabah Unite Re-power Future) qui a mené pendant trois ans la campagne « no coal » (« pas de charbon »). Cette dernièree a non seulement été relayée sur les réseaux sociaux (plus de 2 000 amis sur Facebook et 200 abonnés au profil Twitter), mais elle a bénéficié de la collaboration d’une organisation internationale comme 350.org (connue en France pour la campagne tck tck tck), de la couverture de quelques médias internationaux comme le Time et le Huffington Post et du soutien de Roz Savage – première femme à avoir traversé le Pacifique à la rame.
Il faut dire que l’image est saisissante. Sabah, souvent présentée comme un paradis terrestre… est soudainement menacée par une centrale électrique au charbon, connue pour être la plus polluante de toutes les énergies. L’idée a de quoi faire rugir. Cet Etat au nord-est de Bornéo est en effet bordé d’un côté par le triangle du corail (un habitat pour 75% des espèces de coraux) et, de l’autre côté, par une forêt tropicale de 22 millions d’hectares. Sans parler de la présence des plantations de palme. D’ailleurs les touristes ne s’y trompent pas. Ils ne s’y rendent plus seulement pour escalader le mont Kinabalu, mais aussi pour faire de la plongée, randonner ou découvrir les espèces menacées d’orangs outans ou de rhinocéros… Et c’est au coeur de cette nature, à Lahad Datu, que devait être construite une centrale électrique de 300 MW.

“Hurrah! A victory in Borneo! So honored and proud to have been a part of this campaign. Congrats to all involved! http://bit.ly/gYmJ4V (Rozsavage, twitter, 16/02/2011)

Le gouvernement doit en effet faire face à la demande, dont l’augmentation est estimée à + 7,7 % par an jusqu’à 2020. L’énergie de Sabah est surtout produite à partir de pétrole ou de gaz naturel. Une société unique, Sabah Electricity, fournit tout le pays. Elle appartient à 80% à la compagnie privée Tenaga Nasional Bhd, et à 20 % à l’Etat de Sabah. C’est elle qui est à l’origine de ce projet au goût de charbon. En trois ans, elle a présenté trois fois son plan au gouvernement de Malaisie. Elle s’est chaque fois heurtée à l’opposition du ministère malaisien de l’Environnement (DOE) et de la société civile locale. Mais la dernière tentative avait suscité plus d’inquiétude car elle était soutenue par le Premier ministre de Malaisie, Najib Razak. Une position du reste surprenante puisque ce dernier s’est engagé à réduire les émissions de carbone de 40% entre 2005 et 2020, lors des conférences sur le climat de Copenhague et Cancun.
La compagnie d’électricité et les ONG écologistes se sont donc battues à coups de rapports d’expertise et de contre –expertise. Pour la coalition GREEN Surf, la construction de la centrale électrique à Lahad Datu aurait entraîné le déplacement de communautés locales et affecté les espèces menacées, déjà victimes de la déforestation et de l’exploitation des matières premières. La décision des gouvernements de Sabah et de Malaisie, le 16 février, d’abandonner totalement la piste du charbon a donc été accueillie avec soulagement par les écologistes.
Par ailleurs, Wong Tack, le porte-parole de la coalition, rappelle que l’énergie renouvelable (hydraulique) ne représente qu’une minorité de la production totale de Sabah, alors que la région pourrait faire de la Malaisie un leader en la matière. Il recommande donc de valoriser les énergies alternatives, la biomasse dans un premier temps (en utilisant les plantations de palme) et, à plus long terme, l’énergie solaire. Le gouvernement de Sabah, lui, étudie la piste du gaz naturel pour remplacer celle du charbon.

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