Travailleurs migrants: plus d’argent, moins de droits

Devant les difficultés à trouver un emploi, nombreux sont les Philippins qui quittent famille et pays afin de trouver un emploi. Mais si l’argent qu’ils envoient dans leur pays constitue un réel moteur de l’économie, le budget alloué à leur protection en 2011 a diminué. Premières victimes : les femmes. Entretien avec Goldy Omelio, coordinatrice de Kaagapay*, association de lutte pour le droit des migrants, à l’occasion de sa venue en France pour les 50 ans du CCFD.

Que représente le travail des migrants aux Philippines ?  Goldy Omelio : Compte tenu de la globalisation, les termes de l’échange sont les suivants : les Philippin(e)s vont à l’étranger pour trouver du travail et les étrangers viennent ici trouver des opportunités de business. L’an dernier, plus de 15 millions de travailleurs migrants, soit plus de 10% de la population totale, ont envoyé à leur famille près de 18 milliards de dollars. Ce chiffre, en augmentation constante, représente 30% du revenu national (plus de 12 % du PIB, ndlr). Pourtant en 2011, le budget alloué à la protection de leurs droits a été divisé par deux, passant de 50 millions de pesos (815 000 €) à 27 millions (326 000 €). Chaque année, nous comptabilisons plus d’un million supplémentaire de départs. D’ailleurs dès qu’une personne est qualifiée, elle veut partir.

Quelle est la part des femmes et en quoi leur situation diffère-t-elle de celle des hommes ?

G. O. : Elles représentent en moyenne près de 70% des travailleurs migrants. Un quart d’entre elles partent en Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis ou au Koweit, souvent en tant qu’aide à domicile. Récemment, nous avons constaté une augmentation sensible du nombre de femmes abusées dans ces pays. Moins qualifiées et plus vulnérables que les hommes, celles qui ont été abusées sont généralement victimes de harcèlement sexuel, voire de viol. En 2010, nous avons aidé 47 personnes, dont un seul homme.

Justement, comment leur venez-vous en aide ?
G. O. : Avant le départ, Kaagapay les informe de leurs droits et leur indique où elles doivent aller pour défendre leurs droits dans les pays de destination. L’association leur fournit aussi une aide psychologique et les conseille sur la part de salaire reversée à la famille. Les femmes ont tendance à tout donner, alors que l’argent n’est pas toujours bien réemployé, par exemple lorsque le mari dépense l’argent afin de trouver une autre femme, au lieu de s’occuper des enfants. De plus, la famille qui reçoit l’argent a tendance à devenir dépendante, elle n’est pas consciente de la sueur qui a dû être versée pour l’obtenir.
En cas de dénonciation à l’Etat et de poursuite judiciaire, Kaagapay les aide à revenir et à défendre leurs droits. Comme nous agissons dans des situations d’urgence, nous n’entrons pas dans le processus bureaucratique local traditionnel.
Une fois de retour, nous soutenons toutes celles qui le souhaitent dans des projets de microfinance, et nous leur proposons des formations. L’objectif est que ce retour, ou le nouveau départ éventuel, soit été vécu comme un choix.

* ONG créée en 1996 sur l’ile de Mindanao. Elle dispose de 6 salariés et travaille avec un réseau d’avocats qui fournit une assistance légale gratuite.

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A propos Celine Boileau

Journaliste
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